Discours Direct Et Indirect Explication Essay


Or, il peut arriver(voir cas soulignés) que le subjonctif 1 ne se distingue pas de l’indicatif:auquel cas la règle veut qu’on utilise le subjonctif 2 (conditionnel), pour s’assurer que le discours soit bien identifié comme indirect.

La bonne solution de notre exemple plus hautest donc non pas Er hat mir gesagt, dass er krank WAR, MAIS...

Er hat mir gesagt, dass er krank sei.

ou (dans la forme plus élgante sans dass):

Er hat mir gesagt, er seikrank.


Discours indirect d’une phrase au passé :

Le sujonctif I, qui exprimait jusqu’ici un présent (car le bonhomme de notre exemple est toujours malade !), sert aussi pour exprimer le discours indirect du passé.

Exemple :

Er hat mir gesagt : Ich war letzte Woche krank.Ou: Ich bin letzte Woche krank gewesen.“

Voici la transformation en allemand:

Er hat mir gesagt, dass er letzte Woche krank gewesen sei .

Ou dans la variante sansdass:

Er hat mir gesagt,er sei letzte Woche krank gewesen.


Nota bene :Le discours indirect au passé se construit toujours à partir du passécomposé, et ce sont les auxiliaires sein et haben qui se trouvent ainsi mis au subjonctif I !

Exemple :

Er sagte mir :“ Mein Zug hatte Verspätung“.

Avant de le rendre au discours indirect, il faut donc passer le verbe au passé composé :

Mein Zug hat Verspätung gehabt.

Maintenant (et seulement maintenant) il est facile de "bricoler" mon subjonctif I!

Ce qui donne: Er sagte mir, sein Zug habe Verspätung gehabt.


Discours indirect : le mode préféré des journalistes

Il faut noter que les journaux allemands sont pleins à craquer de ce subjonctif I, que vous avez donc tout intérêt à identifier comme tel si vous voulez le comprendre.

Pour les journalistes, ce mode est le moyen de signifier aux lecteurs qu’ils ne font que relaterce que d’autres ont dit.

C’est très important !

Le français, pour marquer cette distance entre soi-même et ce qu'on relate, dispose d'un autre moyen; il utilise:

- soitle conditionnel

- soit la préposition « selon », préposition qu’en allemand on utilise aussi beaucoup et que l’on exprime avec la ‘ postposition ‘zufolge (+ datif).


Exemples d’extraits d’articles de journaux français et allemand et explication:

« Fitch : Plusieurs banques françaises seraientau bord de la faillite »

ou

« Selon l’agence de notation Fitch, plusieurs banques françaises seraient(ou: sont) au bord de la faillite »

Dans la même situation, un journaliste allemand écrirait par exemple le paragraphe suivant :

„Französische Banken bald zahlungsunfähig?“ (si c'est le titre de l‘article)

Der Ratingagentur Fitch zufolgestehenmehrere französischen Banken vor der Zahlungsunfähigkeit. (indicatif de stehen, car „zufolge“ exprime déjà le discours rapporté, le subjonctif est inutile)

Die französische Grossbank Crédit Agricolebefindesich(subjonctif 1)nach neuesten Zahlen in grössten Schwierigkeiten und habe(subjonctif 1) gestern Hilfe bei der Europäischen Zentralbank beantragt.

Der französische Regierungssprecher widersprach(indicatif = ceci est un fait que le journaliste relate, il n'a pas à s'en distancer)der Ratingagentur und sagte(encore un fait, donc indicatif) in einer Pressekonferenz, es handle(subjonctif 1) sich hier um reine Spekulationen, die nichts mit der Wahrheit zu tun hätten(ceci est un subjonctif 2. Le subjonctif 1 ne se distinguant pas ici de l’indicatif, la règle mentionnée plus haut veut que l’on utilise le subjonctif 2, pour bien souligner que les propos ne sont que relatés et que le journaliste ne les prend à son compte...)


Remarque finale:

Le discours indirect est plutôt rare dans la langue orale. Et même dans la langue écrite et journalistique, on ne se sert du discours indirect au subjonctif I plus qu'à la 3ème personne singulier (er, sie, es) ainsi que pour toutes les formes de SEIN!
Dans toutes les autres situations, les Allemands utilisent l'indicatif!

1Lorsque nous passons du récit au discours direct (désormais DD) ou au discours indirect (DI), un fil conducteur sous-jacent nous permet de savoir à tout moment de quoi il est question et qui est en cause dans l’acte locutoire comme dans la délocution. La chaîneanaphorique est envisagée par nous comme la combinaison de l’anaphore et de la coréférence1. Elle réunit linéairement toutes les chaînes de références (Schnedecker, 1997 et Landragin & Schnedecker, 2014) ayant une même entité comme référent. Plusieurs mécanismes assurent au sein de la chaîne anaphorique le maintien de la continuité référentielle. Ainsi, comme nous allons le montrer, les expressions anaphoriques et coréférentielles et leur choix-même sont porteurs d’indications concernant, certes le référent, mais aussi la continuité référentielle. En effet, à la reprise d’un référent, l’utilisation d’un nom, d’un pronom ou d’une forme zéro2 véhicule des informations quant à l’accessibilité du référent (Prince : 1981, Ehlich : 1982 et 1983, Kleiber : 1991). Entrent alors en jeu des mécanismes concernant la concurrence référentielle entre deux ou plusieurs référents, le maintien de ce référent dans un rôle valentiel constant ou non (actant 1 ou actant 2, par exemple), la position syntaxique des rôles valentiels. Ces mécanismes complémentaires, étroitement liés à la sémantique verbale et à la syntaxe propositionnelle, sous-tendent le choix de ces expressions. Se créé ainsi un filage référentiel qui assure la continuité référentielle (Dupuy-Parant, 2006).

2Ces théories ont pu être vérifiées, à partir d’un corpus de moyen français (MF) constitué de trois textes3 en prose dont deux sont d’un genre proche (Chroniques et Mémoires) mais distants d’environ un siècle et le troisième relève d’un genre différent (proche de la nouvelle et présentant des référents résomptifs à l’inverse des deux autres textes) mais chronologiquement proche des Chroniques. Le choix de ces trois textes permet ainsi une comparaison triangulaire (de genre littéraire, diachronique et, dans une moindre mesure, dialectale4) qui offre la possibilité de distinguer ce qui relève d’une évolution diachronique et ce qui peut être plus spécifique à un genre.

3Pour préciser le contexte de cette recherche, nous avons pu montrer dans des études antérieures5 que le choix des expressions anaphoriques réparties en trois catégories :

  • les anaphores nominales répondant à deux catégories référentielles différentes : redéfinitions6 (anaphore lexicale infidèle7, pronom indéfini, déterminant démonstratif suivi d’un nom renommant, anaphore avec déterminant ledict)8 et réinitialisations (anaphore lexicale fidèle propre ou impropre sans ledict)9 ;

  • les anaphores pronominales réalisées par le pronom personnel, le pronom relatif, interrogatif et le pronom démonstratif seul ;

  • les anaphores zéro pour lesquelles seule la désinence verbale (non ambigüe en MF) permet d’identifier la personne verbale,

4n’est pas subjectif mais répond à une combinatoire de cinq règles syntactico-sémantiques commune aux trois milieux discursifs : récit, DD et DI.

5Une règle de concurrence référentielle privilégie l’anaphore nominale lorsque les référents en présence sont de même nature (ex : animé humain), genre et nombre et induisent la même personne verbale. Si l’un de ces critères diffère, l’anaphore pronominale ou zéro suffisent.

6Trois règles dites valentiello-référentielles allient la référenciation à la valence verbale en prenant en compte répartition des expressions anaphoriques sur les rôles valentiels des verbes successifs : l’une est une règle intra-distributionnelle10 et les deux autres sont des règles inter-distributionnelles ; l’une concerne l’actant 1, l’autre, l’actant 211.

7La cinquième règle dite syntactico-sémantique contraint les deux précédentes en fonction de la catégorie grammaticale dans laquelle entre la proposition accueillant la distribution valentielle du verbe12.

8L’objectif, ici, n’est pas de présenter la validité de cette combinatoire par ailleurs attestée dans nos trois milieux discursifs (Dupuy, 2012) mais de présenter les spécificités de fonctionnement du DD et du DI liées à la spécificité de ces milieux. La particularité principale de ceux-ci est la dimension du locuteur.

9Ainsi, en DD, la combinatoire s’applique-t-elle aux référents, thèmes de la conversation (induisant des P3 ou 6), et non aux locuteurs. Or les locuteurs ont un rôle à jouer dans le choix de certaines expressions anaphoriques...

10En DI13 la combinatoire est également appliquée pour les référents-thèmes. Les référents-locuteurs (induisant aussi une P3 ou 6) subissent un traitement anaphorique particulier qui ne suit aucune règle de la combinatoire. Ils y sont toujours repris par anaphore pronominale14 sans que cela génère d’ambiguïté référentielle.

11Ainsi, en discours, certaines expressions anaphoriques ne sont pas explicables par la combinatoire telle qu’elle s’applique en récit et dans la majeure partie du DI et du DD. Pour comprendre et décrire ces différences, nous observerons l’impact en DD et DI de la présence de locuteurs et la manifestation d’une mémoire référentielle intra ou extra-séquentielle15. De plus, nous formulerons des hypothèses et des analyses sur le degré de porosité référentielle entre les différents milieux discursifs (récit, DD et DI) afin de mettre au jour les spécificités de fonctionnement de la continuité référentielle au passage de l’un à l’autre et de soulever des hypothèses quant à l’existence de passerelles référentielles entre ces milieux.

12Notre présentation commencera par l’observation et l’analyse des relations référentielles au sein d’une même séquence dialogale16 (relations intra-séquentielles) en ciblant les indices de mémoire intra-séquentielle (en DD et DI) et la dimension du locuteur pour le DD. Puis, elle abordera les indices de mémoire inter-séquentielle17 en se basant sur les relations référentielles qui peuvent être entretenues entre deux ou plusieurs séquences dialogales qui présentent un même thème de discussion et une communauté de locuteurs pour partie commune. Enfin, sera posée l’hypothèse de l’existence de passerelles référentielles entre le récit et le DD – le DI pouvant jouer un rôle de passeur – qui seraient à l’origine de la continuité référentielle entre les trois milieux discursifs.

1. Relations intra-séquentielles

13Certaines expressions anaphoriques utilisées au sein d’une même séquence dialogale en DD comme en DI ne résultent pas de la combinatoire syntactico-sémantique mais sont à mettre en rapport avec la présence de locuteurs en milieu discursif. Partant, elles indiquent des opérations liées qui marquent d’une part, la présence d’une mémoire intra-séquentielle (qui favorisera l’anaphore pronominale), d’autre part, le rôle important du locuteur (la réorientation de la visée référentielle favorisera l’anaphore nominale).

1.1. Mémoire intra-séquentielle : succession de répliques sans dispersion du groupe de locuteur

1.1.1. En DD

14Il existe une mémoire référentielle qui se déroule tout au long des séquences dialogales et qui évite à chaque changement de locuteur de réintroduire le référent-thème sous une forme nominale. Dans ce cas, une forme pronominale est suffisante, ce malgré l’interposition d’autres chaînes anaphoriques ou référents.

15Ainsi dans (1) où s’intercalent d’autres chaînes anaphoriques, sans ambiguïté référentielle, dans la chaîne anaphorique du référent-thème ‘mari de la dame fraîchement accouchée’, mentionné par le SN vostre mary. Chacun de ces deux référents intercalés apparaît sous une forme nominale proche mon mary18 mais le déterminant possessif de P1 les place en inter-définition avec leur énonciateur respectif. Le calcul inférentiel est donc réalisé en fonction du locuteur qui prend la parole. Chacune des chaînes se poursuit dans la réplique de son énonciateur par anaphore pronominale jusqu’au changement de locuteur.

(1) Et s’il avient qu’il faille aucune chose qui leur plaise, l’une des commeres dira a la dame : “Vroiement, ma commere, je me merveille bien, (…), dont vostre mary fait si petit compte de vous et de vostre enfant. Or regardez qu’il feroit si vous en aviez cincq ou six ! Il appert bien qu’il ne vous ayme gueres ; si lui feistes vous plus grand honneur de le prendre qu’il avenist oncques a pié de son lignage. – Par mon serement, fait l’autre des commeres, si mon mary le me fasoit ainxin, je ameroye mieulx qu’il n’eust ne cul ne teste. – Ma commere, fait l’autre, ne lui acoustumez pas ainxin a vous lesser mectre soubz les piez, car il vous en feroit autant ou pis l’annee a venir a voz aultres acouchemens. – Ma cousine, fait l’autre, je me merveille bien, veu que vous estes sage femme et de bon lignage et qu’il n’est pas vostre paroil, chacun le sceit, comment vous le lui souffrez ; et il nous porte a toutes grant prejudice.” Lors la dame respond et dit : “Vroiement, mes chieres commeres et cousines, je ne scey que faire et ne m’en scey chevir, tant est mal homme et divers. – Il est mal home ? dit l’une d’elles. Veez cy mes commeres qui scevent bien que, quant je fu mariee a mon mary, l’en disoit qu’ilestoit si divers qu’il me tueroit. (…) Dieu mercy, j’ay tant fait que je puis dire ou faire ce que je veil, car la darraine parolle me demoura, soit tort ou droit. (…) Par madame sainte Caterine, ma commere, il seroit bien emploié qu’il vous crevast les yeulx. – Gardez, ma cousine, fait l’autre, que vous luy sonnez bien quant il sera venu.” Ainxin est il bien gouverné, le pouvre home !(QJM,Tierce joye, p. 19-20, l. 44 à 90)

16Ces interpositions référentielles dans la chaîne anaphorique du référent-thème principal ‘vostre mary’ n’entraînent cependant pas, à la reprise de cette dernière, d’anaphore nominale. Cela est inattendu d’après les règles de la combinatoire. Or, en DD, la dimension supplémentaire du changement de locuteur semble à même d’éviter l’anaphore nominale du référent de la chaîne anaphorique principale comme si la reprise des données référentielles initiales se faisait “automatiquement” dans la mémoire immédiate du lecteur (schéma 1).

Le référent et l’antécédent qui le représente sémantico-référentiellement.

= Thème

Rhème 1 = Opinion 1

Interlocuteur 1

Rhème 2 = Opinion 2

Interlocuteur 2

Rhème 3 = Opinion 3

Interlocuteur 3

Rhème 4 = Opinion 4

Interlocuteur 4

Schéma 1 : Mémoire intra-séquentielle en DD

17Ainsi, en DD, la continuité référentielle semble permettre une confrontation d’opinions concernant le même référent-thème ce que dénote l’absence d’anaphore nominale à chaque changement de locuteur. Nous pouvons donc conclure à une mémoire référentielle du groupe de locuteurs pour une même séquence dialogale puisque la co-référentialité est assurée. Nous observons les mêmes conclusions pour les 5 passages de DD relevés dans les Chroniques19.

1.1.2. En DI 

18En DI, les expressions anaphoriques des locuteurs subissent un traitement spécifique : ils apparaissent généralement sous forme pronominale (P3 ou P6). Nous n’observons donc que les référents-thèmes.

QJM

Chroniques

Mémoires20

Extraits avec 1ère mention du référent suivi d’une chaîne anaphorique avec

reprise dans la seconde réplique

9 séquences21

Forme nominale

122

123

Forme pronominale

4

3

Nbre occ. total

0

5

4

Tableau n°1 : Traitement anaphorique intra-séquentiel des référents-thèmes (hors première mention)

19Les séquences étudiées montrent qu’il existe bien une mémoire intra-séquentielle qui permet poursuivre leur chaîne anaphorique par anaphore pronominale, d’une réplique à la suivante, malgré les changements de locuteurs, comme dans (2).

(2) Et envoia li rois de France des prelas de France et des chevaliers pour tretiier as Flamens que il vosissent venir dalés leur signeur le conte et faire a lui ce que il devoient, car voirement estoit li jones contes de Flandres en celle assamblee dou roi. Li Flamenc li remanderent par ses gens meismes que il n’avoient point de signeur, puisque il se absentoit de euls et ne les voloit croire, ne que pour li il ne feroient riens, ne des rentes et revenues de Flandres, il n’en porteroit nulles; et se avoir les voloit, il les venist bellement et courtoisement despendre ou pais, et ouvrer par lor consel, mais il n’avoit pas encores bien conmenchiet; et se il voloit perseverer en ces opinions, il trouveroit les Flamens plus durs et plus hausters que onques n’euist fait son pere. (Chro., livre I, chap. 248, p. 822-823, l. 89-105 : le DI est surligné en gris).

20Les cas d’anaphore nominale24 au changement de locuteur dans la seconde réplique, peuvent être expliqués par l’application de la règle de concurrence référentielle ou un phénomène d’écho stylistique.

1.2. La dimension du locuteur (observable en DD uniquement pour notre corpus25)

1.2.1. Les facettes lexicales d’un même référent-thème selon l’opinion de chaque locuteur

21Malgré une mémoire intra-séquentielle, les différentes opinions émises respectivement par les locuteurs sur le référent-thème peuvent facultativement être accompagnées d’une redéfinition26 du référent-thème (qui passe par une renomination sous une forme lexicale différente) véhiculant une réorientation de la visée référentielle concernant le référent en rapport avec les informations en relation avec la nouvelle opinion.

22Dans (3), le référent-thème ‘mari de la dame’ est redéfini à cinq reprises, au gré des changements de locuteur.

(3) [rencontre entre la chambrière de la dame et le galant convoité pour ses largesses]
Il vient a elle et la salue et elle lui. « Quelles nouvelles, dit il, Jouhanne m’amie ?
Que fait vostre maistresse ?
– Par ma foy, fait elle, el est a l’oustel bien pensive et bien courrocee.
– Et de quoy, fait il, m’amie ?
– Par ma foy, fait elle, monseigneur est si mal home que elle a trop mal temps.
– Ha a, fait il, mauldit soit il, le villain chutrin !
– Amen ! fait elle, car nous ne pouons durer avecques lui en nostre meson.
– Or me dites, Jouhanne, que elle vous a dit.
– Par ma foy, fait elle, je lui en ay parlé, mes el ne s’i accorderoit jamés, car elle a si grant paour de son seigneur que c’est merveilles et a affaire a ung si mal home ! Et si elle le vouloit ore, si ne pourroit elle, tant est gardee de son pere et de sa mere et de touz ses freres. Je cuide que la pouvre femme ne parla oncques puis a home que je demoure avecques elle, [...] elle ne vous reffuseroit pas pour nul aultre.(…)
– Par mon serement, fait elle, le meilleur sera que vous parlez a elle, et il est bien a point, car son mary l’a reffusee d’une robe (…) » (QJM, Quintejoye, p. 43, l. 338 à 369)

23Monseigneur, le villain chutrain, sonseigneur, ungsimalhome et sonmary, ces redéfinitions d’un même référent-thème apparaissent en DD de façon plus ‘‘spontanée’’ selon l’opinion de chacun des interlocuteurs27sans qu’il y ait d’hésitation de co-référenciation. Le lien référentiel est sous-tendu par le contexte et certaines constructions syntactico-sémantiques : l’expression, ungsimalhome, permet un apport informationnel par le biais d’une tournure attributive qui fusionne deux aspects de ce référent unique et assure la co-référence des SN. La seconde et la cinquième redéfinition son seigneur et sonmary correspondent respectivement à un changement de locuteur ou/et de situation (mise en place d’une stratégie)28.

24En DD, pour un même référent, il y a donc potentiellement des redéfinitions qui proposent un nouvel axe d’approche du référent-thème. Dans les Chro., les cinqséquences dialogales comprenant plusieurs répliques de ce type29, montrent ce fonctionnement.

25Et dans les Mém., nous observons également sur le corpus élargi deux séquences dialogales qui présentent des modifications de visée référentielle concernant le référent-thème évoqué et pour chacune d’elles le changement de visée référentielle induit une forme nominale pour la mention du référent30. Il en va ainsi dans l’exemple suivant où le référent ‘une pension que le Roy vous donne’ est repris dans la seconde réplique de DD sous les formes nominales l’argent que le Roy nous donne puis tribut en tournure attributive qui fusionne les deux aspects de la visée référentielle du même référent. Ces redéfinitions sont par ailleurs l’un des enjeux de cette séquence dialogale :

(4) Monsr de Nerbonne, […] ouyt ceste parolle et luy [= l’ung de ces Angloys] dist : «  Estiéz vous si simples de penser que le duc de Bourgongne n’eust grand nombre de telz gens ? Il les avoit seullement envoyéz refreschir ; mais vous aviéz si bon voulloir de retourner que six cens pippes de vin et une pension que le Roy vous donne vous ont renvoyé bien tost en Angleterre. » L’Anglois se courrouça et dist : « C’est bien ce que chascun nous disoit, que vous mocqueriéz de nous. Appellé vous l’argent que le Roy nous donne pension ? C’est tribut ; et, par sainct George, vous en pourriéz bien tant dire que nous retornerions. » Je rompis la parolle et le convertis en mocquerie ; mais l’Angloys ne demeura point content, et en dist ung mot au Roy, qui merveilleusement se courrouça audict seigneur de Nerbonne. (Mém., livre 4, chap. 11, p. 323, l. 6-15)

1.2.2. Lorsqu’un locuteur devient thème de la conversation

26Sur cinq séquences de ce type, deux extraits, un dans les QJM et un dans les Chro., sont pertinents pour l’observation31. En (5), le passage d’un locuteur au statut de référent-thème ne nécessite pas de forme nominale lorsque les locuteurs ont tous le même passé référentiel. Le référent mentionné en tant que locuteur par l’interpellation beau filz – extrait du groupe référentiel référent-thème ‘voz enfans et les miens’ etredéfini par le SN mon filz aisné – reste passif en DD et revient au statut de référent-thème avec les anaphores pronominales, il et le, dans la réplique suivante de la mère qui utilise ces SN comme base référentielle appartenant à la mémoire intra-séquentielle sans recourir à une autre forme nominale.

(5) Et quant la dame et ses enfans sont davant lui, come dit est, il dit a la femme : « M’amie, fait il, vous estes la chose du monde que je doy plus amer [...] et voz enfans et les miens se portent mal envers moy. –Et que voulez-vous que je face ? fait la dame. […] – Ha a, belle dame, lessés en ester les parolles, car je n’en ay plus que fere ! »
Le bon homme parle a son filz aisné : « Enten a moy, beau filz ! […] Tu es mon filz aisné et seras mon principal heritier, si tu te gouvernes bien. […] Car si tu faiz le contraire, je te jure par ma foy que je te feroy desplaisir et que tu ne joïras de chose que Dieu me ait donnee, et t’en prens garde ! – Et que voulez vous, fait la dame, qu’il vous face ? L’en ne savroit comment vous servir. [...] taisiez vous en et ne le soustenez pas ! Car c’est tourjours vostre maniere. » (QJM, Neufviesmejoye, p. 74-75, l. 78 à 120)

27En revanche, dans (6) où le référent ‘les six bourgeois de Calais’ intervient en DD comme locuteur, la forme nominale ces honmes qui sont en vostre merchi accompagne leur retour au statut de référent-thème.

(6) « Tres chiers sires, vechi la representation de la ville de Calais a vostre ordenance. » Li rois se taisi tous quois [...] Chils siis bourgois se missent tantos en genouls devant le roi et dissent [...] : « Gentils sires et nobles rois, veés nous chi siis, qui avons esté d’ancesserie bourgois de Calais et grans marceans par mer et par terre, et vous aportons les clefs de la ville et dou chastiel de Calais et les vous rendons a vostre plaisir, et nous mettons en tel point que vous nous veés en vostre pure volenté, [...] grietés. Si voelliés de nous avoir pité et merchi [...]. » [...] Adont parla li gentils chevaliers mesires Gautiers de Manni et dist: « Ha! gentils sires, voelliés rafrener vostre corage. [...] Se vous n’avés pité de ces honmes qui sont en vostre merchi, toutes aultres gens diront que ce sera grans cruaultés, se vous faites morir ces honestes bourgois qui de lor propre volenté se sont mis en vostre ordenance pour les aultres sauver. » (Chro., livre I, chap. 240, p. 846-848, l. 151-187)

28Cette forme nominale utilise, à la fois, la détermination d’une relative, qui sont en vostre merchi, qui fait écho aux expressions référentielles précédemment utilisées dans le co-texte32 et le déterminant démonstratif, ces, anaphorique et pointant déictiquement les entités référentielles en situation extra-linguistique.

29Ces deux extraits ne permettent pas de tirer des conclusion générales. Cependant, selon nos observations, il semble que lorsqu’un référent passe du statut de locuteur à celui de référent-thème, il puisse être repris directement par anaphore pronominale sans anaphore nominale intermédiaire s’il est resté passif en DD. En revanche, lorsque ce locuteur est intervenu en DD, l’anaphore nominale est privilégiée suite à son changement de statut.

1.3. Bilan intra-séquentiel

30En DD, nous avons pu constater qu’il une mémoire intra-séquentielle qui évite de reprendre un référent-thème sous forme nominale d’un locuteur à l’autre. Toutes les séquences dialogales présentant au moins deux répliques et une chaîne anaphorique qui s’y étend, sont susceptibles de vérifier cela. Par ailleurs, le fait même qu’une seule séquence dialogale du corpus puisse procéder ainsi sans ambigüité référentielle, souligne l’existence de cette mémoire intra-séquentielle car si tel n’était pas le cas, les reprises pronominales ne seraient pas possibles. Ce bilan est appuyé également par le fait que les locuteurs peuvent au cours des répliques successives émettre des opinions sur le même référent-thème tout en le mentionnant par anaphore pronominale. 

31Néanmoins, ces opinions peuvent parfois être associées à l’utilisation d’une forme nominale différente de celle ayant servi à introduire le référent-thème. On parle alors de redéfinition du référent-thème qui donne à appréhender ce référent sous une visée référentielle différente.

32En DI, la mémoire intra-séquentielle se manifeste aussi par la possibilité de reprendre le référent-thème par anaphore pronominale en première mention de la seconde réplique de la séquence dialogale sans qu’il soit nécessaire de revenir à une mention nominale du référent-thème pour l’identifier. En revanche, en DI, l’influence de la visée du locuteur sur l’expression anaphorique du référent-thème (pas de redéfinition du référent-thème) n’a pu être observée.

2. Relations inter-séquentielles33

2.1. En DD

33Le fonctionnement référentiel du DD nécessite que l’expérience référentielle vécue ou sensée être vécue par les locuteurs donne lieu à une mémoire référentielle valide entre ces locuteurs en présence. L’étude des expressions anaphoriques indique non seulement une mémoire référentielleintra-séquentielle, mais montre aussi que ce passé référentiel, en fonction de la stabilité du groupe de locuteurs, peut se voir réactivé au cours d’autres séquences dialogales, sans qu’il soit nécessaire de réintroduire le référent-thème par anaphore nominale à la séquence dialogale suivante. Nous ne présentons ici que les configurations que nous avons pu observer : le groupe de locuteurs reste identique ou un locuteur vient s’adjoindre au groupe au cours des séquences dialogales successives.

2.1.1. Nombre et identité des locuteurs identiques d’une séquence dialogale à l’autre

34Trois occurrences dans les QJM34, deux dans les Chroniques35 et aucune dans les Mémoires36correspondent à cette configuration.

35Selon notre hypothèse, le dialogue établit un passé référentiel mémorisé remis en service de manière implicite37 lorsque tous les locuteurs de la séquence dialogale initiale se retrouvent. Dans ce cas, les référents-thèmes de la séquence dialogale initiale restent valables et sont réactualisés dans – voire, enrichis par – les séquences dialogales qui suivent.

36Pour exemple, dans les QJM, le passé référentiel établi entre la mère et sa fille au cours d’une première séquence dialogale38, fait état du référent-thème, ‘l’écuyer à séduire’. Ce référent se voit repris par anaphore pronominale, il, à trois reprises dans la seconde séquence dialogale de (7), sans que l’anaphore nominale soit nécessaire.

(7) [bilan entre la dame et la jeune fille – enceinte avant le mariage - après une première approche de l’homme à séduire]
Quant vient aprés digner, la dame s’en va en sa chembre et demande a la fille : « Avant ! fait elle. Dy moy comment tu as besongné. – Par mon serement, madame, fait elle, il ne me fine a journee de prier », et lui compte tout. « Or avant ! fait elle, respons lui bien sagement et lui dy que l’en parle de te marier, mais que tu ne le vieulx point estre encore, et s’il se ouffroit a te prendre, mercie l’en et lui dy que tu m’en parleras et qu’il est l’omme du monde que tu ameroies mieulx. » (QJM, Onziesmejoye, p. 87, l. 189 à 197)

37A l’inverse, dans les Chro., les deux passages montrent que le référent-thème est repris d’une séquence à l’autre sous forme nominale : dans l’une, il y a concurrence référentielle entre plusieurs référents-thèmes de mêmes caractéristiques ce qui explique la forme nominale, mais pas dans l’autre (8) où le référent-thème ‘ceux de Calais’ est mentionné en seconde séquence dialogale par l’anaphore nominale chil de Calais.

(8) [Il s’agit d’une entrevue entre le Roi d’Angleterre, Messire Gautier de Manni et les barons réunis]
Qant li rois d’Engleterre entendi ces nouvelles, il fist venir mesire Gautier de Manni devant lui. Qant il fu venus, il li dist: " Gautier, alés veoir que ces gens de Calais voellent dire: il me font requerre par lor chapitainne que je envoie parler a euls. " Mesires Gautiers respondi et dist: " Sire, volentiers. "(Chro., livre I, chap. 253, p. 835, l. 22-25)
 li rois li demanda: " Mesire Gautier, que dient chil de Calais? " - " Tres chiers sires, respondi li chevaliers, il se voellent rendre, (Chro., chap. 254, p. 839, l. 5-7)

38Malgré (8), les résultats obtenus dans les QJM, (7) et autres occurrences, confirment qu’il existe une mémoire inter-séquentielle. Dans le cas contraire, aucune anaphore pronominale ne serait jamais possible d’une séquence dialogale à l’autre sans provoquer une rupture de continuité référentielle. Ainsi, si le groupe de locuteurs reste identique d’une séquence dialogale à l’autre, le référent-thème peut être – et non, ‘‘doit’’ être – repris par anaphore pronominale à l’entrée de chaque séquence dialogale suivant la séquence initiale ou précédente, sans que l’anaphore nominale ne soit nécessaire.

39Ainsi, nous pourrions schématiser la mémoire inter-séquentielle de la façon suivante (schéma 2).

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Schéma 2 : Configuration 1 : Stabilité du groupe de locuteur initial et mémoire inter-séquentielle

2.1.2. Lorsque s’adjoignent d’autres locuteurs au groupe de locuteurs préalablement concerné

40Lorsqu’un locuteur se greffe à un groupe de locuteurs ayant déjà un passé référentiel établi au cours de séquences dialogales antérieures, ce nouveau locuteur ne bénéficie pas de leur passé référentiel de sorte que pour suivre la conversation il doit en être informé : soit par lui-même en essayant de rassembler les éléments référentiels qui lui font défaut, soit à l’aide des autres locuteurs qui ré-instancient ce passé référentiel ainsi que les référents-thèmes qu’il contient qui apparaissent alors sous forme nominale.

41Nous serions donc dans une configuration inter-séquentielle schématisée ainsi (schéma 3) :

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Schéma 3 : Configuration 3 : Augmentation du groupe de locuteurs initial et mémoire inter-séquentielle

42On relève une occurrence de ce type dans chaque texte39 et, pour chacune, le récit ou le DI jouent un rôle important et rappellent les données référentielles nécessaires au nouveau locuteur (et parfois au lecteur). Malgré ce rappel mémoriel par le biais du récit ou du DI, le DD présente les référents-thèmes sous forme nominale suite à l’introduction du nouveau locuteur ce qui permet la remise à niveau du passé mémoriel pour le nouveau locuteur40 comme dans l’exemple (9).

(9) Et retournerent chil doi chevalier sus lors logeis, ensi que tous desconfis, et furent sus un estat que de tantos departir de la et retourner arriere, qant evous descendu et venu entre eulsun vaillant cevalier breton bretonnant, qui se nonmoit messires Garniers de Quadugal, [...]. Sitretos que il fu venus, li compagnon en orent grant joie, mais nonobstant sa venue, encores se voloient ils departir de la place, et ne se tenoient pas bien a aseguret. Qant messires Garniers de Quadugalles vei en cel esfroi, si leur demanda que il lor falloit. Li doi chevalierqui retourné estoient de la besongne, li recorderent sus briefs paroles com il avoient cevauchiet devant la Roce Dorient et conment il avoient esté ruet jus, et estoit demorés prisonniers mesires Thomas d’Agourneet encores pluisseurs autres chevaliers et esquiers: " Et ne veons point de rescouse en cela, et pour ce, nous volons nous retraire et retourner en Hainbon. Se nous perdons la Roce Deurient pour celle fois, une aultre fois venra que nousle recouverons. Il n’a pas ..II.. mois que nous le conquesimes: une fois desous et l’autre desus, ce sont li estat de gerre. " Qant messires Garniersles ot oi parler, il fu moult esmervilliés et [...] dist: " Biau signeur et mi compagnon, metés aultre arroi et ordenance en vous, et me creés de ce que jevous dirai, et grans biens vous en venra. Nous ferons armer et monter a cheval tous ceuls qui chevaus ont; et cheuls de piet nous les ferons sievir. Vous dites que il n’i a que deus petites lieues de chi en l’oost des François. Nous les courrons sus de grande volenté; il quident avoir tout achievé [...] il sont si raempli de glore, pour tant que il vous ont ruet jus, que il ne font point de gait, et sont, par le parti que jevous di moult legier a desconfire et a ruer jus. " (Chro., livre I, chap. 247, p. 814-815, l. 142-181)

43Dans (9), le nouveau locuteur messires Garniers de Quadugal vient s’adjoindre au groupe chil doi chevalier. Sa remise à niveau mémorielle passe par un premier DI (surlignement gris clair) où les référents-thèmes apparaissent sous forme nominale la Roce Dorient, mesires Thomas d’Agourne, pluisseurs autres chevaliers et esquiers ; suivi d’un DD où le référent-thème ‘Roce Dorient’ apparaît également sous forme nominale ; puis par un discours rapporté en DD de la part du nouveau locuteur (surlignement gris foncé). Ce discours rapporté valide comme acquisition mémorielle du nouveau locuteur, les données référentielles d’un DD implicite et comble les lacunes mémorielles du lecteur41 avec l’utilisation de formes nominales pour les référents-thèmes. Les chaînes anaphoriques des référents-thèmes se poursuivent ensuite en DD par anaphore pronominale.

44Ainsi, la remise à niveau de la mémoire inter-séquentielle peut passer par le DI ou le DD voir par un discours rapporté en DD. Mais quel que soit le mode discursif les référents-thèmes seront repris par anaphore nominale.

2.2. En DI

45Seules les Mém. présentent des associations inter-séquentielles pour le DI. Pour deux d’entre elles, le groupe de locuteurs reste identique d’une séquence à l’autre42, la troisième43 met en relation deux groupes de locuteurs dont un noyau reste identique d’une séquence dialogale à l’autre. Seul ce dernier extrait (10) permet d’observer l’existence (ou non) d’une mémoire inter-séquentielle. Ici, le messager de la première séquence dialogale est relayé par un autre messager dans la seconde séquence dialogale mais les différents messagers possèdent le même passé référentiel, celui de la première séquence dialogale.

(10) Comme il disnoit, on luy vint dire soubdainement que le marquis de Montagu, frere dudict conte, et quelque autre, estoient montéz a cheval et avoient faict crier a tous leurs gens : ‘‘ Vive le Roy Henry! ’’ De prime face ne le creut pas ; mais incontinent y envoya plusieurs messaiges, et s’arma et mist des gens aux barrieres de son logis pour le desfendre. Il avoit la avecques luyung saige chevalier appellé Monsr de Hastingues, grand chambellan d’Angleterre, [...]. Ung aultre y avoit, appellé monsr d’Escalles, frere de la femme dudict roy Edouard, et plusieurs bons chevaliers et escuyers, qui tous congneurent que la besongne alloit mal; car les messagiers rapporterent que ce que avoit esté dict au roy estoit veritable, et s’assembloient pour luy venir courre sus. (Mém., livre III, chap. 6, p. 243, l. 5-27 : le DI est surligné en gris clair, les référents-thèmes surlignés en gris foncé)

46Cette mémoire référentielle inter-séquentielle est appuyée par l’anaphore ‘‘zéro’’ du verbe s’assembloient (P6) qui a pour actant 1, le référent-thème mentionné dans la première séquence dialogale sous la forme nominale, le marquis de Montagu, frere dudict conte, et quelque autre. Notons également une anaphore contextuelle marquée par l’anaphore nominale, ce que avoit esté dict au roy, qui réfère au contenu sémantico-référentiel de toute la première séquence dialogale de DI ainsi qu’au contenu sémantico-référentiel de la séquence dialogale de DD qui y est enchâssée.

47Ainsi, l’existence d’une mémoire référentielle inter-séquentielle en DI est vérifiée.

2.3. Bilan inter-séquentiel

48Outre une mémoire intra-séquentielle, le DD présente une mémoire inter‑séquentielle vérifiée par la possibilité de reprise par anaphore pronominale d’un référent-thème d’une séquence dialogale à l’autre si le groupe de locuteurs reste identique entre les séquences44. L’ajout d’un nouveau locuteur induit à l’inverse une remise à niveau mémorielle passant par la mention sous forme nominale des référents-thèmes des séquences dialogales antérieures.

49En DI, les référents-thèmes sont traités comme en récit selon les règles syntactico-sémantiques de la combinatoire alors que les référents-locuteurs sont traités comme en DD, toujours présentés sous forme pronominale et dégagés des règles de la combinatoire. Le DI, présente également les mêmes spécificités que le DD pour ce qui est de l’existence d’une mémoire intra-séquentielle comme d’une mémoire inter-séquentielle permettant de ne pas reprendre les référents-thèmes sous forme nominale à l’entrée d’une séquence dialogale. A ces différents titres, le DI présente donc un fonctionnement double : adoptant à la fois les fonctionnements du récit et préservant les spécificités du DD. Ce qui lui confère le rôle de passerelle référentielle entre le récit et le DD.

3. Passerelles référentielles entre récit et DD : le rôle du DI(/DIL45)

50Ce qui fait la particularité du DI, c’est sa relation syntactico-valentielle avec le récit et sa relation mémorielle avec le DD.

3.1. Relations référentielles entre récit et DI

51En effet, le DI en proposition subordonnée conjonctive régie par un verbe de pensée ou de parole, voit sa distribution valentiello-référentielle entrer en relation avec celle du verbe qui l’enchâsse46 (voir tableau 2). Ainsi, le référent-thème en première mention dans le DI – sauf rares exceptions explicables par la mémoire intra ou inter-séquentielle – est repris :

  • sous forme nominale, s’il n’est pas mentionné dans la régissante du DI ou ses coordonnées

  • sous forme pronominale, s’il est mentionné dans la régissante du DI ou ses coordonnées comme dans (11) avec son adversaire, Carle de Blois’ repris par le pronom régime le en DI.

(11) Mais la ditte contesse de Montfort fu trop grandement resjoie de la prise de son adversaire, Carle de Blois, car elle imagina que sa guerre en seroit plus belle, et que li rois d’Engleterrele vodroit avoir et le acateroit au chevalier englois qui pris l’avoit.(Chro., livre I, chap. 247, p. 815, l. 153 : DI surligné en gris clair, référents-thèmes surlignés en gris foncé)

1° mention

QJM

13 extraits

Chroniques

27 extraits

Mémoires

42 extraits

total

total

total

Le référent n’est pas mentionné en régissante enchâssant le DI ou dans ses coordonnées

nominale

8

9

23

24

34

36

pronominale

147

148

238

Le référent est mentionné en régissante enchâssant le DI ou dans ses coordonnées

nominale

0

5

149

6

0

7

pronominale

5

5

7

Tableau n°2 : Première mention du référent-thème en DI

52En revanche, le DI qui répond à la règle syntactico-valentielle, se trouvant dans une proposition subordonnée conjonctive50 (frontière de sortie étanche51) ne permet pas à sa distribution valentiello-référentielle d’influer sur le choix de l’expression anaphorique des référents placés sur les rôles valentiels du verbe de la proposition non régie qui suit en récit.

53Il peut donc assimiler les données référentielles qui le précèdent en récit mais pas les faire interférer avec celles qui viennent ensuite en récit. Il entretient donc avec le récit une relation extra-référentielle52. Il en va ainsi pour (12), où en DI le référent ‘Jehan de Hatecele est actant 1 des verbes peuist, venist et menast sous la forme pronominale, il, ainsi que par anaphore ‘‘zéro’’ à travers la P3 du verbe menast.

(12) Et escripsi tantos li rois[= le roi d’Engleterre] a mesire Jehan de Hatecele et li manda que, dou plus tos que il peuist, il le venist veoir devant Calais et menast messire Carle de Blois son prisonnier en Engleterre. Li cevaliers obei as lettres dou roi sen signour, (Chro., livre I, chap. CCXLVII, p. 818, l. 271-275 : le DI est surligné en gris foncé, la proposition conjonctive est surligné en gris clair)

54Or à la sortie du DI, ce référent reste actant 1 du verbe obei du récit. Si la distribution des verbes du DI influait sur celle du récit qui suit, le référent ‘mesire Jehan de Hatecele’ actant 1 du verbe obei, aurait dû être repris par anaphore pronominale pour marquer ce maintien valentiello-référentiel. Or il apparaît repris par anaphore nominale, Li cevaliers, ce qui indique que :

  • le changement d’identité référentielle de l’actant 1 entre le verbe manda – actant 1, li rois – du récit précédant le DI en proposition non régie et le verbe obei en proposition non régie du récit suivant le DI est pris en compte ;

  • le maintien du référent ‘mesire Jehan de Hatecele’ come actant 1 des verbes successifs entre le DI et le récit n’est pas pris en compte.

55Cela s’applique du DI vers le récit de sorte que la distribution valentiello-référentielle des verbes en DI ne peut influer sur celle du verbe de récit qui suit le DI. Cela concerne autant les référents-locuteurs que les référents-thèmes. Cette étanchéité valentiello-référentielle entre DI et récit est dû à la catégorie grammaticale de la proposition conjonctive qui contient le DI. En effet, les propositions subordonnées conjonctives ont une frontière de sortie étanche53 qui implique que la continuité valentiello-référentielle est établie entre la proposition principale la conjonctive de DI et la proposition principale qui enchâsse la conjonctive de DI et la proposition qui suit la ou les proposition(s) conjonctive(s) supportant le DI sans tenir compte des données référentielles et valentiello-référentielles du DI.

3.2. Relations référentielles entre récit et DD : le rôle du DI/DIL54

56Intuitivement, nous savons que la continuité référentielle est un tout et ne se borne pas aux limites du DD ou du DI. Cette étude montre l’importance considérable du DI pour la continuité référentielle. Le DI rapporte un DD soit mot pour mot, soit en synthétisant une situation de dialogue antérieure au DD qui suit, soit encore en suggérant des paroles ou des pensées servant de préambule à une situation de dialogue. Dans ces trois cas, il a un rôle référentiel essentiel : il permet la mise en place de bases référentielles nécessaires à la compréhension du DD qui va suivre et, intégré au récit, il assure alors une passerelle référentielle du récit au DD.

3.2.1. Le DI/DIL précède le DD : Porosité référentielle entre récit et DD

57De par sa fonction qui consiste à enchâsser un DD dans le récit et ses propriétés référentielles, le DI permet de passer du récit au DD en assurant une continuité référentielle entre ces deux milieux discursifs : c’est pourquoi nous l’avons baptisé ‘‘zone référentielle tampon’’. Dans les QJM, il s’acquitte de ce rôle de deux manières : soit comme creuset du passé référentiel nécessaire au DD qui suit soit comme passeur référentiel assurant une continuité référentielle du récit au DD.

3.2.1.1. DI : Creuset du passé référentiel nécessaire au DD qui suit.

58Le DI, creuset d’un passé référentiel pour le DD qui suit, récapitule souvent les dires qui ont eu lieu avant l’apparition du DD en mentionnant les référents-thèmes qui seront nécessaires à la continuité référentielle en DD. Cette spécificité se manifeste à la fois avec des DI annoncés par des verbes de ‘‘dire’’ ou des verbes de ‘‘demande’’ ou d’énonciation volitive – pas de verbe de ‘‘pensée’’. Le DI a pour rôle quelque soit le verbe qui ouvrira le DD de poser les bases nécessaires à la continuité référentielle du DD qui suit et réalise alors une transition douce entre le récit et le DD en associant leurs données référentielles. En fonction du type de verbe ouvrant le DD, le DI soit réalise une synthèse de faits, soit présuppose un questionnement en préambule du DD.

59Introduit par un verbe de ‘‘dire’’55, le DI rapporte mot pour mot un DD supposé. Ainsi dans (13), il fait figure de ‘‘zone tampon’’ entre le récit et le DD et permet, à l’ouverture du DD, de ne pas utiliser l’anaphore nominale pour les référents-thèmes mais de débuter en DD par l’anaphore pronominale ilz du groupe référentiel ‘ces seigneurs […] amis’,

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