Contes D Hoffmann Dessay Der

 

Cette version des Contes d'Hoffmann s'appuie sur la dramaturgie d'Agathe Mélinand, fidèle complice du metteur en scène Laurent Pelly. Pour ce nouveau livret, elle s'est appuyée sur les Contes d'E.T.A. Hoffmann qui avaient inspiré Offenbach et son librettiste afin de mieux approcher la fantasmagorie du héros malheureux de l'œuvre. Les récitatifs composés par Ernest Guiraud pour la création de l'opéra à Vienne ont été abandonnés pour revenir à des dialogues, soit la première idée d'Offenbach. Aux trois Actes connus - Olympia, Antonia et Giulietta - vient s'ajouter un quatrième Acte consacré à Stella, considérée ici comme un personnage aussi important que les autres "femmes" d'Hoffmann. À la fin de l'ouvrage, elle chantera au poète "Souviens-toi du passé, de nos tendres amours…". Stella apparaît du reste dès le Prologue, dans la taverne de Maître Luther.

 

Les costumes dessinés par Laurent Pelly, les décors de Chantal Thomas, et les atmosphères nous plongent au cœur du XIXe siècle pour une mise en scène assez conventionnelle mais de très bonne facture. Les aspects fantastiques et oniriques de l'opéra d'Offenbach sont très bien mis en valeur (la scène des yeux, l'intervention du Docteur Miracle auprès d'Antonia…) et l'on pense parfois au cinéma expressionniste allemand des années 1920, et c'est tout naturellement que les rôles de diables incarnés par Laurent Naouri pourront être rapprochés du Nosferatu sur pellicule de Murnau. La mise en scène réserve quelques surprises comme, à l'Acte III, lorsque la scène devient tournante laissant apparaître des personnages dansant au second plan, à côté des canapés sur lesquels sont assis Giulietta et Nicklausse. La direction d'acteurs de Laurent Pelly est en outre particulièrement soignée, tant au niveau des rôles principaux que des importantes interventions du chœur.

 

 

À la tête de l'Orchestre du Liceu, Stéphane Denève sert remarquablement la partition dans son rôle d'accompagnement des chanteurs ou lorsque l'expression se fait orchestrale. Très engagé, le chef manie par exemple contrastes et tempi, opposant l'ivresse du Prologue et de l'Épilogue à la délicatesse de la célèbre Barcarolle et des premières mesures de l’Épilogue.
Les chœurs, particulièrement importants dans l'opéra d'Offenbach, se montrent remarquables, tant dans leurs diverses interventions théâtrales que dans leur fonction accompagnatrice, notamment, lorsque la masse chorale soutient la voix de Michael Spyres (Hoffmann) lors du Prélude et au Prologue.

Laurent Naouri, dans les quatre rôles diaboliques - Lindorf, Coppélius, Docteur Miracle et Dapertutto - impressionne tant vocalement que dramatiquement. En conseiller Lindorf, sa voix sombre et la qualité de sa projection font merveille. L'assurance de la ligne de chant, comme sa prestance physique, aboutissent à une composition théâtrale inquiétante et omniprésente. Le baryton-basse on ne peut mieux distribué ici, parvient à donner à ses différentes incarnations une dimension faustienne, et on se délectera de ses interventions parmi lesquelles "Je me nomme Coppélius" (Acte I), "Tu ne chanteras plus !" (Acte II) et"Répands tes feux dans l'air...diamant", qui remplace l'air "Scintille, diamant" (Acte III).

L'excellent ténor américain Michael Spyres se prête parfaitement à l'incarnation romantique que réclame le rôle d'Hoffmann. On pourra même trouver dans l'apparence de son Hoffmann une certaine ressemblance à Schubert ! Doué d'une exemplaire prononciation du français, son timbre très agréable de ténor lyrique à tendance légèrement dramatique sert au mieux les tourments du personnage. Malgré le parcours du combattant vocal que représente un tel rôle, Michael Spyres se montre à l'aise dans des tessitures aussi différentes que celles de "La Chanson de Kleinzach", "C'est elle, elle sommeille" à l'Acte I, et dans "O dieu, de quelle ivresse !", son duo avec Giulietta à l'Acte III. Jamais il ne force dans les aigus, et ses passages en voix mixte sont parfaitement négociés.

 

 

La performance de Natalie Dessay – qui aurait dû être la grande star de cette captation pour ses débuts dans le rôle d'Antonia – est convenable, sans plus. Si le médium de la soprano reste souple et rond, les aigus montrent leur limite. De plus, le vibrato apparaît comme difficilement maîtrisé. En revanche, Natalie Dessay se montre, ici comme ailleurs, très bonne comédienne, et son investissement dramatique parvient à nourrir "Elle a fui, la tourterelle" et "C'est une chanson d'amour", en duo avec Michael Spyres. Malgré tout, lors de la scène finale de l'Acte, lorsque la mère d'Antonia apparaît, force est de reconnaître qu'elle n'a plus réellement les moyens vocaux du rôle.

 

 

Kathleen Kim, dans le rôle d'Olympia, est en revanche très convaincante, et ses "Oiseaux dans la charmille" sont servis par des colorature et des vocalises saisissantes en dépit de ce que lui réserve la mise en scène de Laurent Pelly ! Cette poupée mécanique est à la fois guindée, drôle et, pour tout dire, vraiment sympathique. Le public ne s'y trompera pas en lui réservant un triomphe à la fin de la représentation.

La présence de Michèle Losier est la très bonne surprise de cette distribution. Dans les rôles de Nicklausse et de la Muse, la mezzo-soprano québécoise présente des qualités vocales incontestables. Douée d'un timbre en accord avec le double rôle, sa diction est aussi juste que son vibrato contrôlé. Lorsqu'à la fin de l'œuvre, elle devient la Muse consolatrice d'Hoffmann, "Des cendres de mon cœur" est judicieusement chargé d'une belle émotion. Michèle Losier possède en outre un physique qui apporte une totale crédibilité théâtrale au personnage masculin.

À l'Acte II, la Giulietta de Tatiana Pavlovskaya, présente des insuffisances importantes sur le plan vocal. Ses qualités de comédienne paraissent évidentes, mais ne peuvent compenser un timbre et un vibrato plutôt désagréables, et un français des plus approximatifs.

Enfin, les seconds rôles, essentiellement tenus par des interprètes espagnols, apportent leur très honnête contribution à l'entreprise. Présence chantante, originalité de cette version, la cantatrice Stella bénéficie du beau timbre de la soprano Susana Cordon, mais les aigus sont un peu justes.

À quelques réserves près, cette version des Contes d'Hoffmann constitue une option très recommandable. Réussite incontestable sur le plan théâtral, l'implication des interprètes est constante. Sur le plan vocal, on retiendra essentiellement le très bel Hoffmann de Michael Spyres et la présence extraordinaire d'un Laurent Naouri en pleine forme prêtant son talent à d'impressionnants méchants qui installent une ambiance d'une force rare. Sans oublier deux belles interprètes tout à fait bien distribuées ici : Michèle Losier et Kathleen Kim. Des Contes somme toute recommandables.

 

 

À noter : Les Actes I (Prologue) et II sont proposés sur le DVD 1 (78'59) ; les Actes III, IV et V (Épilogue) se trouvent sur le DVD 2 (105'11).

 

 

Jean-Luc Lamouché
(avec la collaboration de Pierre Diederichs)

 


Retrouvez la biographie de Jacques Offenbach sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Suppléments du DVD

Aucun.

Critique Images et Son du DVD

Images

Les ambiances très sombres et les éclairages relativement discrets de la production ne peuvent aboutir à un rendu particulièrement contrasté. Les noirs manquent de profondeur et ne permettent pas un affichage doué de relief. Les couleurs sobres sont parfaitement rendues mais, là encore, participent à un affichage terne et très plat. La définition est très bonne sur les nombreux gros plans, mais se dilue au fur et à mesure du recul des caméras pour des vues d'ensemble très moyennes. On remarquera aussi quelques micro-saccades sur certains mouvements rapides. Le support Blu-ray s'imposait ici pour s'affranchir des difficultés exposées et permettre une reproduction optimale de la richesse visuelle de ce spectacle. Erato, pour le moment, n'a pas choisi de sortir ces Contes d'Hoffmann sur ce support et c’est à regretter.

Son

Le mixage stéréo, soigneusement réverbéré, propose un bon équilibre fosse/plateau. Les voix s'expriment avec naturel au-devant d'un orchestre assez détaillé. L'ensemble sonne toutefois un peu terne et la dynamique semble retenue.
La piste multicanale apporte incontestablement vie à la reproduction. L'orchestre gagne en ampleur, et la projection vocale devient plus réaliste, comparée à une acoustique de salle. La scène avant s'étoffe en profondeur et le caisson de basses diffuse de très beaux graves, tandis que les enceintes surround amplifient notre impression d'immersion. On regrettera toutefois ce choix de l’encodage Dolby Digital peu indiqué pour la musique classique en raison de ses harmoniques écrasées et de sa qualité de reproduction assez agressive manquant de finesse dans la reproduction des timbres.

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